Mr GEORGES OHNET
A L ACADEMIE |
M. Georges Olmet a publié cette année un livre d'ôtrennes, Vieilles rancunes. Un bien joli cadeau à faire à un enfant que l'on voudrait initier aux finesses et aux ressources de la langue française.
Celles et ceux qui ont reçu ce livre pour leurs étrennes n'ont pas dû s'embêter une minute, comme on en pourra juger par les extraits suivants auxquels nous nous serions fait scrupule de changer un seul mot.
|
 |
« Par une échappée à travers les bois de Saint-Cucufa, elle pouvait voir sur la côte de Montretout la maison de son ennemi.
Bien souvent elle s'était dit :
« Si j'avais à ma disposition un des gros canons du Mont-Valèrien pendant une journée, comme je l'anéantirais, la bicoque de ce misérable ! Ce serait l'affaire de quelques coups bien visés. »
« Mais l'État français ne prête pas ses canons aux particuliers, même pour se bombarder en famille. »
|
 |
« Le niveau de la Seine changeant brusquement et le fleuve poussé vers les hauteurs de Saint-Cloud entrant dans le jardin, le Président de la République s'avançant tout à coup escorté de sa maison militaire et déclarant vouloir danser à la noce de sa
|
|
nièce, aucun cataclysme, aucune manifestation divine, aucune invraisemblance sociale n'auraient pu causer à Clémentine une stupéfaction pareille à celle qu'elle ressentit.
« Ses yeux s'ouvrirent immenses; une flamme monta à son front, puis elle devint pâle comme la mort, ses mains s'ouvrirent et se fermèrent dans le vide. »
|
 |
« Maurice sonna. Au bout d'un instant le valet de chambre de Roussel parut. C'était un excellent serviteur... Aucune offre n'avait eu prise sur Frédéric (le domestique en question). Aussi, dans ses jours de gaité, Roussel l'appelait Hippocrate. Un jour quo le valet de chambre s'était enhardi à demander à son maître pourquoi il lu désignait ainsi, celui-ci avait répondu : « C'est à cause des présents d'Artaxerxès. » Frédéric n'avait pas compris davantage. »
|
 |
« Clémentine est redevenue ce qu'elle était destinée à être, une femme très vive mais excellente, qui s'efforce de racheter par des amabilités les mouvements un peu brusques de son humeur.
Et un jour qu'on parlait devant lui d'une femme très douce et un peu moutonnière:
« — Laisse-moi tranquille, s'est-il écrié, une femme sans caractère c'est comme une salade sans vinaigre !
« — Oui, mon ami, a insinué Clémentine |
|
avec déférence, mais encore faut il qu'iy ait un peu d'huile.
GEORGES OHNET.
Nous n'ajouterons qu'un mot après la signature de celui que le hasard de nos lectures vient de faire notre illustre collaborateur.
Ce récent volume nous ayant paru créer de nouveaux titres à la candidature de M. Ohnet i l'Académie française, nous avons prié notre collaborateur Gyp de consacrer à cette hypothèse littéraire un de ses dessins. On trouvera à notre douzième page cette prophétique composition.
A la dernière heure, nous avons appris que M. Emile Zola consentait à passer un tour de faveur à M. Georges Ohnet.
Il ne se présentera point à la prochaine vacance, afin que l'auteur de Vieilles rancunes puisse recueillir toutes ses voix. N. D. L. R.
A NOS LECTEURS
Le Rire ne veut pas laisser s'ouvrir cette nouvelle année sans adresser à ses lecteurs, en même temps que ses souhaits les meilleurs, les remerciements les plus vifs pour l'accueil vraiment chaleureux qu'ils lui ont fait dès le début. Le Rire croit avoir ~tenu toutes les promesses d'intérêt artistique et humoristique qu'il avait faites; il compte dans l'avenir faire mieux encore.
A la pléiade si remarquable d'artistes qu'il a déjà groupés, de nouveaux collaborateurs viendront incessamment s'ajouter. Qu'il nous suffise pour l'instant de citer JEANNIOT qui, comme peintre et illustrateur est, depuis longtemps, justement célèbre et dont le talent caricatural sera pour le grand publie une- révélation.
Quant au texte de nos numéros, nous pouvons annoncer à nos lecteurs la collaboration de toute une série de fantaisistes dont nous nous bornerons à donner les noms : Alphonse Allais, G. Auriol, Tristan Bernard, Romain Coolus, Brieux, Fermj, Goudezky. Jules Joutj, Millot, Pierre Veber, G. de P'awlowsky, Xanrof, etc., etc.
Ces noms nous dispensent de toute promesse.
Le Rire tiendra à cœur, comme il l'a fait jusqu'à présent, de donner de plus en plus une note de franche et indépendante gatté, tout en pouvant être mis dans toutes les mains.
|
|