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LES GAITES DE LA RAMPE 
Dans Paris se trouve le boulevard Montmartre, sur le boulevard Montmartre il y a un théâtre, dans le théâtre il y a une pièce, dans cette pièce il y a une scène, une toute petite scène, dans cette scène il y a une artiste, une grande artiste.
L'artiste est Judic ;
la scène est celle où l'honnête Mme Bougnol de Maubeuge, ne peut,
quand on la fait rire, résister à des propositions qui la révoltent
lorsqu'elle est
sérieuse; la pièce est la Rieuse et le théâtre celui des Variétés. |
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Supprimez Judic, sans doute Paris, le boulevard Montmartre et le théâtre des Variétés ne disparaissent pas comme par enchantement. Mais on ne peut en dire autant de la scène du rire, qui est le seul morceau de résistance de la pièce, ni de la pièce elle-même qui ne résiste pas du tout.
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Elle est charmante, cette courte scène de rire, mais elle ne l'est que grâce au talent de l'interprète, à l'art exquis du dire et de la physionomie. Ça commence d'ailleurs d'une façon hyljride et gênante, comme une scène de l'Ambigu, avec menaces de bouteille cassée sur une tête, mais ça finit dans le charme inattendu d'une cascade de perles.
Elle rit, cette Judic, avec une verve, une facilité, une grâce délicieuses. Elle rit, et paf ! la voilà désarmée, et nous aussi, — conire les fantaisies pas mal marquées et d'une folie peu communative que ressassent MM. Blum et Toché. Elle rit avec un incomparable |
entrain, un naturel prodigieux. Le Rire la met hors concours entre toutes les rieuses. Baron, Albert Brasseur, l'excellente Mathilde, Lassouche, méritent eux aussi des premiers prix de rire, et il y a toute une escouade de marchandes de sourires auxquelles on aimerait volontiers à dé- cerner quelque accessit. Quand au rire des auteurs il retarde : il porte la date de la musique, qui va de la Vie Parisienne à Excelsior. Judic chante à ravir ces agréables Ponts-Neufs, mais ils sont plaqués et rarement amenés par la situation.
La pièce en deux mots. Bougnol-Baron, un gros négociant de Maubeuge, vient à Paris pour faire des farces à l'insu de sa femme qui le croit à Marseille. Sa femme, qui s'ennuie fort à Maubeuge, fait une escapade, pour voir Paris, en tout bien tout honneur.
Elle est poursuivie depuis Chantilly par le petit de la Poulinière, qui grâce à un quiproquo de famille, l'invite à venir chez lui, le soir où il donne un dîner de têtes tout à fait folichon. A ce dîner Mme Bougnol-Judic se rencontre avec son mari. Elle est masquée et il a une tête pyramidale: ils ne se reconnaissent pas.
La Poulinière, ayant éloigné ses invités, fait les efforts les moins couronnés de succès pour séduire la jolie provinciale. Mais il la fait rire involontairement, et elle ne peut plus résister. C'est son faible. Là les couplets et la scène, qui ont gagné enfin le procès.
Pour le reste je pense qu'il ne vous importe guère de savoir par le détail comment ce vieux roquentin de Bougniol cherche à éviter un duel avec l'astronome de la place de la Concorde, comment il retrouve sa femme à Paris, et comment il est pincé par elle.
Tout cela est sauvé par une certaine bonne humeur tqui dissimule l'excessive minceur de la pièce. Très agréablement montée, la Rieuse, grâce au talent de Baron, du désopilant Petit Verni-Albert Brasseur, de Mathilde, splendide mère de chanteuse, ne sera pas un insuccès. Mais par dessus tout il y a le rire, le rire étinceiant de Judic !
Marquis de MORES-RIDENDO. |
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