| LA VIE RISIBLE |
Quelques-uns de nos confrères de la
presse théâtrale ont eu l'excellente idée de
demander le ruban rouge pour Mme Sarah
Bernhardt.
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La proposition a été accueillie avec un
enthousiasme général, et il se pourrait bien
que l'illustre tragédienne, au 1er janvier pro
chain, reçût pour ses étrennes l'étoile des
braves.
Comment l'artiste portera-t-elle sa décoration?
D'une manière inédite certainement,
Mme Sarah Bernhardt ne faisant les choses
comme personne, ce qui est un de ses titres
de gloire
La question ne manquant pas d'intérêt et soulevant, d'autre part, un petit problème de modes parisiennes pour l'hiver prochain, un de nos rédacteurs a été assez heureux pour obtenir, à l'usage des lectrices du Rire, la primeur des renseignements suivants. |
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- Comment je porterai mon ruban? a dit Mme Sarah Bernhardt avec la plus char mante modestie. Très large, bien entendu.
Les tout petits rubans, ça ne se voit pas assez. Très large 1 En écharpe ! Faisant plusieurs fois le tour du corps.
- Cela sera évidemment d'un très joli effet, a répondu notre reporter. Cette grande écharpe rouge...
- Mais non, mais non, reprend Sarah avec vivacité. Ce serait affreux. Pas rouge ! pas rouge! Ce rouge officiel est horrible ment voyant.
- Alors?...
- Alors je traiterai le ruban par le pro cédé qu'a décrit mon ami Raitif de la Bre |
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tonne dans l'Écho de Paris, vous savez,... la façon dont j'ai obtenu ce ton extraordi naire pour ma robe de Gismonda!
Je pren drai mon écharpe de la Légion d'honneur ; je la soumettrai à plusieurs passages sous une presse hydraulique, de façon à en faire une étoffe-à la fois moirée comme les vagues de l'océan et légère comme une toile d'araignée.
" Puis je soumettrai cette étoffe à des fumigations de soufre; je la tremperai dans l'acide nitrique ;
je la ferai séjourner quelques semaines dans des jus de fruits australiens. Lorsqu'elle aura le ton voulu, j'y ferai dessiner des ornements au vaporisateur et je l'enverrai broder au Japon.
Vous verrez comme ce sera joli ! Ce sera toujours la Légion d'honneur, mais en moins banal.
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Notre collaborateur, après avoir pris congé de la future légionnaire, a été assez heureux pour recueillir en chemin quelques autographes de personnages connus, qu'il avait habilement sondés à propos de diverses autres décorations projetées.
Nous les publions sans bien longues réflexions.
" Cher monsieur,
" Vous me demandez si l'on doit décorer Mlle Yvette Guilbert? Je croyais qu'elle l'était depuis longtemps.
" De toute façon, décorée ou non, je compte lui confier le principal rôle dans la Route de Thëbes, aussitôt que cette pièce sera terminée. Mais j'aimerais mieux qu'elle fût décorée pour ce moment-là.
" ALEXANDRE DUMAS fils. " |
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" Monsieur, " Décorer Yvette Guilbert? Cela me parait très légitime.
En général, je ne tiens pas absolument à ce que mes pièces soient jouées par des comédiens décorés. Mais cela me fera tout de même plaisir qu'on légionne Mlle Guilbert que je compte prier de créer le principal
rôle dans les Polichinelles, aussitôt que cette pièce sera terminée. " HENRY BECQUE. " |
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(Pourvu que les deux illustres écrivains n'aient pas fini en même temps !)
" Cher monsieur,
(i Je suis étonné, en effet, qu'on n'ait pas décoré Mlle Sibyl Sanderson. Cela me causerait un grand plaisir, et puis, à titre étranger, cela se fait si facilement. < Cent mille sympathies.
" JULES MASSENET. " |
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" Citoyen,
" Je ne suis pas surpris que nos infâmes tyrans s'opposent sourdement à la décoration de Mme Bob Walter, malgré le vœu formel de Montmartre.
Cela aurait pourtant fait un rude effet dans le prochain spectacle que je prépare :
Le tub d'une Parisienne.
a Tout ça se liquidera à la prochaine. " Salut et fraternité.
MAXIME LISBONNE
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Le Rire ne peut que s'associer à toutes ces réclamations et emboîte modestement le pas à des correspondants aussi autorisés.
JOHN FALSTAFF.
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